04.07.2008
Air France révise à la baisse sa capacité pour l'hiver prochain
<< Le groupe vise une légère hausse de 1 % de capacité cet hiver et de 2 % pour l'été 2009. La sortie des 747 est étudiée. Air France cherche à s'adapter à la cherté du baril, contre laquelle il ne sera plus protégé en 2012.
Le discours triomphant des dernières années est fini chez Air France-KLM . S'il reste convaincu que son groupe sortira renforcé de cette crise pétrolière, le PDG de la compagnie française, Jean-Cyril Spinetta, s'inquiète en interne de la capacité du groupe, et plus précisément d'Air France, nettement moins performant que KLM, à s'adapter à l'explosion du prix du baril, une fois les couvertures carburant arrivées à échéance dans quatre ans. " Notre préoccupation est de savoir comment être encore en vie dans deux ans ", a même déclaré le directeur général commercial France, Christian Boireau, au Quotidien du tourisme .
Des propos excessifs, mais qui cachent une réalité : les performances du groupe proviennent de l'efficacité de ses couvertures, un système d'achat en amont à un prix inférieur à celui du marché. Or la protection s'amenuise au fil des années. Et n'évitera pas à Air France-KLM de payer d'ici quatre ans le kérosène au prix du marché d'aujourd'hui. Ce qui pose problème. Dans sa structure actuelle, le groupe est incapable, comme l'ensemble du secteur, d'être rentable à 145 dollars le baril. " Sans couverture, on ne passe pas ", reconnaît-on en interne. Sans celles-ci, le résultat d'exploitation de l'exercice 2007-2008 (1,4 milliard d'euros) aurait fondu à 602 millions alors que le prix moyen du brent était de 82 dollars le baril, selon nos informations. Lors du dernier exercice, 80 % des besoins étaient couverts à 66 dollars le baril.
UN EXERCICE DIFFICILE
L'heure est aux mesures drastiques. Alors que l'exercice en cours s'annonce difficile, le groupe réduit sérieusement ses ambitions en termes de capacités. Champion de la croissance ces dernières années, le groupe table sur une stabilité de ses capacités en légère hausse de 1,1 % pour le programme hiver, contre plus de 4 % initialement. La direction des programmes passe au peigne fin la rentabilité des lignes sans tenir le compte des couvertures kérosène. Un exercice qui entraînera la suppression de vols et la fermeture de lignes. La prudence est également de mise pour la saison estivale 2009, qui débutera fin mars. L'offre en sièges kilomètres doit progresser d'un peu moins de 2 %, contre 5 % les années précédentes. Selon des sources syndicales, ces prévisions ont été communiquées hier en comité central d'entreprise par Jean-Cyril Spinetta. Elles tiennent compte de la future baisse de capacité des concurrents et d'éventuelles disparitions de compagnies. Pour autant, selon d'autres sources, la direction a travaillé sur plusieurs scénarios, dont certains préconisent une réduction de capacité. Les derniers arbitrages seront effectués en septembre. Est également étudiée une sortie anticipée de toute la flotte de Boeing 747-400 (prévue initialement en 2012), trop gourmands en kérosène. L'activité cargo est aussi dans le viseur.
Les économies se multiplient. Ainsi 150 millions supplémentaires ont été annoncés fin mai. Lancé en 2007, le plan Challenge 10, qui vise 1,4 milliard d'euros de réduction de coûts en 2010, est transformé en Challenge 2012, l'année où les couvertures carburant s'achèvent. Le montant d'économies à réaliser à cette échéance n'a pas été précisé. Déjà évoquées, les synergies avec KLM vont être à la fois accélérées et accentuées. Reste enfin la question de l'emploi. Selon un syndicaliste, Jean-Cyril Spinetta entend exercer " un contrôle renforcé de l'emploi ". Une expression qui augure pour certains un gel des embauches, comme après le 11 septembre 2001, voire peut-être des suppressions de postes. " Nous entrons dans une période qui sera pire que celle qui a suivi le 11 septembre 2001 ", a-t-il dit.
KLM plus rentable qu'Air france
Depuis leur fusion, Air France-KLM communique des chiffres globaux sans préciser la contribution aux bénéfices de chacune des deux compagnies. Or, selon nos informations, le résultat d'exploitation du groupe KLM (deux fois plus petit que le français) s'est élevé à 732 millions d'euros contre 673 millions pour le groupe Air France, qui a notamment été impacté par la grève des hôtesses et stewards qui lui a coûté 75 millions. La marge d'exploitation de KLM s'élèverait à 9,9 %, contre 5 % pour Air France. >>
Fabrice Gliszczynski, La Tribune, 04-VII-200814:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : air france, klm, pétrole, prix, baril de brut, capacité, compagnie aérienne



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