27.08.2008

BAA pourrait être forcé de céder trois de ses sept aéroports au Royaume-Uni

<< Le gendarme britannique de la concurrence s'est montré mercredi déterminé à briser le quasi-monopole dont jouit l'opérateur aéroportuaire BAA au Royaume-Uni, en préconisant la cession de deux de ses trois aéroports londoniens, et de celui d'Edimbourg ou de Glasgow.

"Des problèmes de concurrence sérieux émanent du fait que sept aéroports britanniques appartiennent à BAA", a résumé dans un communiqué Christopher Clarke, qui a dirigé l'enquête de la Commission de la concurrence britannique, saisie du dossier depuis mars 2007.

stansted.jpgBAA, ancien groupe public privatisé en 1987 et racheté en 2006 par le groupe espagnol de BTP Ferrovial pour 10,1 milliards de livres, possède en effet avec Heathrow (premier aéroport international de la planète), Gatwick et Stansted, les trois plus grands des cinq aéroports desservant l'agglomération londonienne.

Ils ont transporté respectivement 67,9 millions, 35,2 millions et 23,8 millions de passagers l'an dernier.

Leurs deux concurrents (Luton et London City) avec respectivement 9,9 et 2,9 millions de passagers, sont réduits de facto à jouer les figurants.

Même configuration en Ecosse, où BAA possède les trois principaux aéroports, Edimbourg, Glasgow et Aberdeen.

Pour mettre fin à ce manque criant de concurrence, le régulateur veut imposer un remède de cheval: il propose un démantèlement de BAA, qui inclurait la cession de deux des trois aéroports londoniens - il se contenterait en l'état de Gatwick et Stansted et laisserait le groupe conserver son joyau de Heathrow - et, au choix, Edimbourg ou Glasgow, qui sont situés à moins de 100 km de distance.

La Commission de la concurrence a émis ces recommandations préliminaires dans le cadre d'un rapport d'étape. Elle va maintenant consulter toutes les parties concernées, avant de publier au premier trimestre 2009 son rapport final, dans lequel elle émettra ses recommandations définitives auxquelles BAA devra se plier.

Les compagnies aériennes ont salué dans l'ensemble ces propositions, plus sévères qu'attendues, notamment Virgin Atlantic et la compagnie irlandaise Ryanair. Cette dernière, qui a fait de Stansted sa principale plaque-tournante, s'était dite prête ces derniers jours à reprendre des actifs de BAA.

British Airways et easyJet ont également bien accueilli le rapport, tout en soulignant que le principal problème était de muscler le contrôle de la gestion des aéroports, plutôt que de changer leur propriétaire.

Le patron de BAA Colin Matthews a en revanche dénoncé l'analyse "faussée" de la Commission, et a qualifié les mesures proposées de "disproportionnées et contre-productives".

Le groupe a notamment plaidé que l'action du régulateur risquait de retarder la construction de nouvelles pistes, qui sont pourtant selon lui l'un des meilleurs moyens d'améliorer la qualité des services aéroportuaires et de répondre aux besoins des compagnies et des passagers.

Les actifs de BAA attisent déjà les convoitises, surtout Gatwick, évalué à lui seul autour de 3 milliards de livres (3,8 milliards d'euros). Stansted pourrait rapporter jusqu'à 2 milliards de livres.

Manchester Airports Group, qui gère quatre aéroports régionaux en Angleterre, s'est dit publiquement intéressé.

En France, le groupe de construction et de concession Vinci n'a pas fait de commentaires, mais Aéroports de Paris (ADP), un des principaux concurrents de BAA, a dit à l'AFP qu'il suivait le dossier. Bouygues Construction a revanche assuré qu'il n'envisageait pas de se porter candidat.

Enfin, une porte-parole du groupe allemand Hochtief, qui possède déjà plusieurs aéroports en Europe, a confié à l'AFP que "le marché britannique nous intéresse et si des occasions d'achat se présentent nous les examinerons", ajoutant que "Gatwick serait particulièrement intéressant". >>

Frédéric Pouchot, AFP, 20-VIII-2008

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