29.07.2008

La flambée du brut pèse sur les low-cost

ILLUSTRATION RYANAIR2.jpg<< Le résultat net de Ryanair s'est effondré de 85 % au premier trimestre, à 20,8 millions d'euros. Air Berlin risque de supprimer plus de vols que prévu.

C'est le meilleur baromètre de l'ampleur du choc pétrolier, qui pèse sur les compagnies à bas coûts. Hier, Ryanair, à la fois plus grosse low-cost européenne et plus rentable compagnie aérienne d'Europe, a annoncé un effondrement de 85 % de son résultat net au premier trimestre (avril-juin) de son exercice 2008-2009, à 20,8 millions d'euros. Pis, la direction table sur un résultat compris entre l'équilibre et une perte de 60 millions d'euros.

Ces résultats illustrent une triste réalité. Les compagnies à bas coûts peinent à transférer sur les passagers la hausse de leur facture carburant (+ 93 % dans le cas de Ryanair). Sa recette unitaire a chuté de 8 % au premier trimestre. Elle devrait se situer entre 0 et - 5 % cette année, contre une fourchette de 0 à + 5 % espérée il y a peu. Selon le directeur financier de Ryanair, Howard Millard, " les compagnies qui prédisent des augmentations de prix sont irréalistes ". Les hausses de tarifs ont davantage impacté les passagers sensibles au prix, le coeur de la clientèle des low-cost. Des mesures drastiques s'imposent. Cet hiver, Ryanair va clouer au sol une vingtaine d'avions et suspendre des lignes. Même sort pour Air Berlin, qui pourrait supprimer bien plus que les 14 lignes prévues.

CONCENTRATION

Les low-cost sont d'autant plus sensibles à la flambée du pétrole qu'il représente l'essentiel de leurs coûts (plus de 50 %) et qu'elles ont déjà fortement rogné les autres postes de dépenses. Est-ce donc la fin du modèle low-cost comme le prédisent certains experts ? Assurément non, même si une flopée de petites compagnies risquent de disparaître. Le modèle opposé, les compagnies traditionnelles, ne résiste pas plus. Les rares compagnies qui tablent sur des bénéfices le doivent à leur couverture carburant. Seules les compagnies les plus robustes sortiront renforcées de la crise. Air France-KLM et Lufthansa pour les traditionnelles, Ryanair et Easyjet pour les low-cost. Elles pourraient tirer profit de la disparition de ­concurrents. La différence se situe ailleurs. La concentration des low-cost risque de se faire plus rapidement que chez les compagnies traditionnelles. >>

Fabrice Gliszczynski, La Tribune, 28-VII-2008

25.07.2008

US Airways sanctionne les pilotes qui ne rationnent pas le carburant

<< Plus l'avion est léger, moins il consomme. Mais la chasse au poids, quand elle concerne celui du kérosène, peut être incompatible avec la sécurité.

LES PILOTES d'US Airways viennent de porter plainte auprès de l'aviation civile américaine, accusant leur compagnie de faire pression sur les équipages pour qu'ils remplissent le moins possible les réservoirs de carburant. Au risque de tomber en dessous des normes de sécurité. Le syndicat des pilotes US APA qui compte 5 200 membres, vient d'acheter une pleine page de publicité dans le quotidien USA Today pour informer les passagers sur les méthodes d'intimidation utilisées.

Huit commandants de bord d'US Airways qui avaient embarqué l'équivalent de 10 à 15 minutes de carburant en plus de ce qui était prévu, ont été convoqués pour subir un contrôle au simulateur de vol. Si ce test n'est pas jugé satisfaisant, leur licence de pilote peut être suspendue.

La réglementation américaine impose d'embarquer le carburant nécessaire pour rejoindre l'étape, se dérouter et attendre 45 minutes. Le commandant de bord y ajoute la quantité qu'il juge nécessaire en fonction du trafic (attentes possibles) ou des conditions météorologiques (orages en été, brouillard ou neige en hiver).

Continental Airlines dont les avions traversaient l'Atlantique avec le minimum de carburant (nos éditions du 22 avril 2008) , a déjà été épinglée sur ce sujet par le département des transports américain.

Un baril à plus de 140 dollars

Tout poids excédentaire (carburant, matériel de bord, etc.) entraîne en effet une consommation supplémentaire des moteurs, très pénalisante à l'heure où le baril est à plus de 140 dollars. Toutes les compagnies aériennes font la chasse au poids. Certaines remplacent même les verres par des gobelets en plastique, ce qui sur une flotte d'avions et des milliers de vols chaque jour représente des centaines de tonnes économisées à la fin de l'année. Le gain financier est conséquent. Pour transporter, par exemple, une tonne de plus entre Paris et Tokyo, il faut consommer 500 kg de carburant supplémentaire. Coût : près de 500 eur de kérosène en plus. Autre économie possible, le magazine de bord, offert au passager, peut peser jusqu'à 500 gr. Multiplié par le nombre de sièges, ce sont 35 millions de tonnes transportés par an pour une grande compagnie aérienne. Des low-costs comme Transavia préfèrent désormais s'en passer.

À Air France-KLM, on étudie le remplacement des chariots métalliques de service à bord pesant 20 à 24 kg selon les modèles par d'autres en composite. L'an prochain, la compagnie nationale va s'équiper de sièges moins lourds de 4,5 kg chacun. Plus de 5 tonnes gagnées quand les 600 avions de la flotte seront équipés. Progressivement, la sacoche de vol transportant 25 kg de documentations techniques est remplacée par un ordinateur portable affecté à chaque pilote. Même les opérations les plus simples comme un nettoyage en profondeur de la cabine et de la soute, puis le lavage de l'avion permettent de gagner quelques kilos garantissant du carburant et de la pollution en moins. >>

Thierry Vigoureux, Le Figaro, 25-VII-2008