27.08.2008
Niki Lauda : indestructible !
<< Contraint de vendre Lauda Air à Austrian Airlines, l'ancien triple champion du monde de formule 1 a relancé une autre compagnie aérienne en 2003. Délaissant le long-courrier, trop risqué, il fait grossir sa flotte d'Airbus sur un modèle très personnel du low-cost.
Ur le tarmac, ses avions ne passent pas inaperçus. Comme posée sur la carlingue, une mouche géante occupe la partie avant de la dizaine d'Airbus que compte sa flotte, tandis que, dessiné à gros traits sur leur gouverne, s'impose au regard le prénom de Herr Lauda, Niki. Ayant perdu le droit d'utiliser son nom, propriété inaliénable de Lauda Air, filiale d'Austrian Airlines, l'ex-roi de la F1 a opté pour ce pis-aller lorsque, il y a cinq ans, il a pris possession d'Aero Lloyd Austria pour en faire une compagnie low-cost à sa façon. Cet Autrichien à l'accent rocailleux aime faire la preuve de son inébranlable volonté.
LA BOURSE ? : " PLUS JAMAIS !"
Déjà en 1976 après son grave accident sur le circuit du Nürburgring (Allemagne) et en dépit des brûlures dont il garde à jamais les stigmates, le meilleur pilote de la " Scuderia " avait très vite repris le volant de sa Ferrari. L'année suivante, il remportait son deuxième titre de champion du monde et... claquait la porte de l'écurie qui avait, un temps, douté de ses capacités. Pour imposer à nouveau sa marque dans le transport aérien, il lui aura fallu trois ans. En novembre 2000, il avait été contraint de céder le manche et de vendre ses parts de Lauda Air à Austrian Airlines, trois ans après l'avoir invité, aux côtés de Lufthansa, à participer à son développement.
Pour gagner son pari, Niki Lauda dispose à nouveau d'alliés de poids. À commencer par le patron d'Air Berlin. En 2004, la deuxième compagnie allemande a pris 24 % du capital de Niki. Son PDG, Joachim Hunold, a, certes, un peu perdu de sa superbe depuis que ses actions sont en chute libre à la Bourse de Francfort. Mais, ayant lui-même affronté la versatilité des marchés avec Lauda Air, l'Autrichien semble confiant dans l'avenir d'un partenariat qui lui permet de se contenter d'un staff très allégé. L'essentiel de Niki est constitué de ses 200 hôtesses dont le sourire, comme la silhouette, semblent avoir fait l'objet d'une sélection rigoureuse.
Niki Lauda sait aussi qu'il peut compter sur le puissant président fondateur du groupe de restauration Do&Co, Attila Dogudan. Ce Viennois d'adoption lui voue apparemment une amitié sans faille. Depuis plus de vingt ans, sa filiale de catering aérien s'est toujours mise en quatre pour rassasier les passagers de Lauda Air, puis de Niki. Moyennant un léger supplément, la compagnie complète même son offre ordinaire de plateaux préparés par le café Demel, qui est à Vienne ce que Dalloyau est à Paris, et que Dogudan a intégré à son groupe en 2002.
Mais l'homme à la casquette rouge n'a pas que des amis. Et pour cause. Il déteste les compromis et n'use jamais de circonlocutions pour vilipender ceux qu'il juge responsables de ses accidents de parcours. La Bourse ? " Plus jamais ! " Les banques ? " Aujourd'hui, je ne me développe qu'avec mon propre cash-flow et c'est bien mieux ainsi. "
L'A380 : " UN AVION SENSATIONNEL"
Son fiel le plus amer, il le réserve aux dirigeants d'Austrian Airlines. Alors que le gouvernement autrichien s'apprête à privatiser la compagnie nationale, Niki Lauda ne se gêne pas pour fustiger son concurrent. " Depuis des décennies, cette entreprise est mal gérée : ses managers ne sont désignés qu'en fonction de leurs accointances politiques ! " Ces derniers hésitent à répliquer, même s'ils affirment disposer de documents mettant en cause tant sa probité que ses compétences économiques. " L'Autriche a peu de héros. Les télés l'invitent à tout bout de champ et, lui, il continue à se faire passer pour le pauvre Lauda à qui on a volé son joujou ", lâche, sous le sceau de la confidence, l'un de ses détracteurs. Ce dernier consent à lui reconnaître une qualité : " C'est un bon pilote d'avion. "
Depuis 1979, date à laquelle il a créé sa première compagnie, Niki Lauda a toujours obtenu les qualifications lui permettant de piloter tous les avions de sa flotte. Un privilège dont il est fier. Il vient même de mettre en ligne sur le site Internet de sa compagnie un film interactif où il explique les rudiments du pilotage. Fidèle depuis des années à Airbus, il a été invité il y a quelques mois à Toulouse pour essayer l'A380. " C'est un avion sensationnel pour un pilote ", note-t-il. Mais Niki Lauda assure que, contrairement à Air Berlin, sa compagnie ne se lancera pas dans les vols long-courriers : " La hausse des prix du kérosène rend cette activité encore plus risquée que par le passé ", estime celui qui ne peut avoir oublié les 223 passagers et membres d'équipage du Boeing 767 de Lauda Air désintégré en vol le 26 mai 1991 au nord de Bangkok.
Ce fils d'industriel assure ne jamaisrenouveler deux fois la même erreur. Il entend désormais porter sa flotte à 25 avions en 2014 en restant rentable. " Mon principe : proposer des billets dont le prix est toujours au moins 30 % inférieur à ceux de mes concurrents. " Niki survivra-t-elle à la retraite que Lauda, pour l'heure, n'envisage pas ? En tout cas, pas dans le giron familial. Ce père de deux enfants ne leur conseille pas de s'engager dans une voie où la passion fait souvent perdre la raison.
Bio express
22 février 1949 : naissance à Vienne.
1971 : débute à son compte dans la F1.
1974 : intègre l'écurie Ferrari.
1975 : 1er titre de champion du monde.
1976 : frôle la mort lors d'une brutale sortie de piste.
1977 : 2e titre de champion du monde.
1979 : création de Lauda Air et abandon provisoire de la compétition.
1982 : retour en F1 avec McLaren.
1984 : 3e titre de champion du monde.
1985 : retrait définitif de la F1.
2000 : vend ses parts dans Lauda Air.
2003 : création de Niki. >>
Pierre Kupferman, La Tribune, 21-VIII-2008
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