17.07.2008
Le PDG d'ILFC fait trembler les avionneurs
Steven Udvar-Hazy est certainement le patron le plus courtisé de Farnborough. Quelques semaines avant l'ouverture du Salon aéronautique lundi dernier, celui-ci a prévenu qu'ILFC (International Lease Finance Corp), le numéro un mondial de la location d'avions qu'il a fondée en 1973, pourrait passer une commande de 300 appareils monocouloirs équitablement répartis entre Airbus et Boeing. Ce ne sera vraisemblablement pas le cas. Car compte tenu de la dégradation de la conjoncture, ILFC envisage de décaler sa commande de six mois, voire d'un an, afin de bénéficier d'importants rabais.
Si l'on prend pour référence le prix catalogue de ces appareils, une telle méga-commande devrait rapporter 22 milliards de dollars aux deux avionneurs dont ILFC constitue le plus gros client. Analyste chez Evolution Securities, Nick Cunningham assure que Airbus et Boeing ont l'habitude d'accorder des ristournes de 30 %, mais que le contexte économique, marqué par la flambée du prix du kérosène et la réduction des capacités des compagnies aériennes, pourrait permettre à Steven Udvar-Hazy de leur arracher un rabais de 40 %. En remportant un contrat portant sur 150 appareils, Airbus réaliserait 21 % des 700 commandes que son PDG Tom Enders espérait signer au début de cette année pour 2008.
Après le succès d'Airbus à Farnborough, ce sera certainement beaucoup plus. L'an dernier, au salon du Bourget, ILFC avait commandé 63 appareils à Boeing pour une valeur de 8,8 milliards de dollars. La plus grosse commande jamais réalisée par la société de location a toutefois été passée auprès d'Airbus, avec 87 avions acquis en juillet 2000.
UNE FLOTTE DE 1.000 APPAREILS
Compte tenu du poids d'ILFC, dont la flotte est constituée d'environ 1.000 appareils, Steven Udvar-Hazy est habitué à exercer des pressions sur Airbus et Boeing. Quand il n'essaie pas d'obtenir des concessions auprès de l'un en agitant les faveurs que lui accorde l'autre, le PDG tente d'intimider les deux à la fois. Ainsi, Steven Udvar-Hàzy a-t-il récemment déclaré que 25 % à 30 % du carnet de commandes des deux groupes pourraient être annulés au cours des prochaines années du fait des difficultés du transport aérien. Les commandes d'ILFC comptent, les avis que porte son patron sur les appareils aussi. Et fortement. Celui-ci n'hésite pas faire part aux avionneurs de ces recommandations durant la conception d'un avion et à leur suggérer de nouveaux modèles. Et s'il n'obtient pas de gré ce qu'il désire, Steven Udvar-Hazy exprime ses griefs en public pour parvenir à ses fins. Il a convaincu Airbus de créer l'A319, devenu l'un des modèles les plus populaires du groupe, et à revoir la conception de l'A350, ce qui a coûté plus de 8 milliards de dollars à l'avionneur européen. Le PDG a par ailleurs milité pour que Boeing lance une version à la capacité et à la portée plus étendue du B777.
Pour Boeing, Steven Udvar-Hazy est sans aucun doute "l'un des dirigeants les plus respectés de l'industrie" aéronautique. Né en Hongrie, que sa famille a fuie pour les États-Unis en 1958 quinze mois après l'invasion soviétique, le patron a créé ILFC en 1973 avec deux amis. Ils investissent collectivement 150.000 dollars, louent leur premier appareil - un DC-8 d'occasion - à Aeromexico et créent un "modèle d'entreprise", qui permettra aux compagnies low-cost d'émerger. Trente-cinq ans plus tard, le groupe de 170 employés affiche un chiffre d'affaires de 4,73 milliards de dollars pour un bénéfice net de 604 millions de dollars. Les trois partenaires sont devenus milliardaires. Steven Udvar-Hazy affirme ne pas craindre l'impact de la crise que traversent les compagnies aériennes américaines dont il critique "l'arrogance" et la gestion. "Notre entreprise est plus forte que n'importe laquelle d'entre elles. Un jour viendra où elles auront besoin d'ILFC", a-t-il déclaré au New York Times.
PROPRIETE D'AIG DEPUIS 1990
Aussi puissant soit-il, Steven Udvar-Hazy n'est plus maître de sa maison. Après avoir introduit ILFC en Bourse, son cofondateur a cédé le groupe à AIG, le leader mondial de l'assurance, pour 1,3 milliard de dollars en 1990. Compte tenu des déboires financiers d'AIG, qui a accusé une perte de 7,8 milliards de dollars au premier trimestre, il a récemment tenté de regagner la liberté d'ILFC. C'était compter sans le nouveau patron de l'assureur Robert Willumstad qui cherche, certes, à délester AIG de certaines activités, mais pas de ce précieux actif. Au terme de leurs discussions, Steven Udvar-Hazy a obtenu d'AIG que les employés d'ILFC perçoivent des bonus reflétant la performance du groupe de leasing et non celle de son propriétaire en difficulté.
Parcours
Né en Hongrie en 1946, Steven Udvar-Hazy a émigré aux États-Unis avec sa famille en 1958. Il est titulaire d'un diplôme en économie d'Ucla. Il devient consultant pour des compagnies aériennes, puis fonde ILFC en 1973. Steven Udvar-Hazy introduit le groupe en Bourse en 1983, revend le groupe à l'assureur AIG en 1990, mais en reste le patron. Devenu milliardaire, ce passionné d'aviation pilote son Gulfstream V, la Rolls-Royce des jets privés. >>
Eric Chalmet, La Tribune, 17-VII-2008
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