10.07.2008

Une solution italienne est en train de voir le jour pour sauver Alitalia

<< La compagnie, dont les dettes se montent à 1,1 milliard d'euros, ne voit pas encore venir le bout du tunnel. Corrado Passera a été chargé de mettre sur pied un plan de sauvetage.

Silvio Berlusconi n'en démord pas. «Nous ne pouvons pas perdre la compagnie nationale», a-t-il répété il y a quelques jours. Alors que la Commission européenne a ouvert une enquête sur le prêt de 300 millions d'euros accordé à Alitalia par l'Etat italien -qui détient encore 49,9% du capital- pour éviter d'ici la fin de l'année la faillite de la compagnie aérienne, le président du Conseil cherche toujours à maintenir ses promesses électorales, à savoir redresser avec des capitaux privés nationaux une entreprise au bord du gouffre.

L'objectif semble tenir de la gageure tant les comptes de l'avionneur sont plombés (1,1 milliard de dette à la fin du mois de mai dernier). Alitalia continue de perdre près de trois millions d'euros par jour! Au début de l'année, en pleine campagne pour les législatives des 9 et 10 avril, le Cavaliere avait ainsi vivement critiqué l'hypothèse d'un rachat d'Alitalia par Air France-KLM en soutenant qu'il s'agissait d'une braderie et que la Péninsule devait conserver une indépendance aéronautique, notamment pour valoriser son secteur touristique.

Silvio Berlusconi avait même annoncé qu'il s'employait à mettre sur pied une alliance d'entrepreneurs locaux pour sauver Alitalia. Les syndicats avaient alors soutenu l'initiative, ce qui avait poussé Jean-Cyril Spinetta, le patron d'Air France-KLM, à battre en retraite.

Trois mois après le scrutin, le futur d'Alitalia s'écrit toujours dans le brouillard. L'administrateur-délégué de la banque Intesa San Paolo, Corrado Passera qui conseillait Air One, la première compagnie privée italienne, a été chargé par le gouvernement de trouver une solution d'ici le début du mois d'août.

Pour l'heure, seule quelques indiscrétions ont filtré concernant le plan de sauvetage prévu. Corrado Passera chercherait à réunir plusieurs investisseurs mettant chacun une somme minimale de 50 à 100 millions d'euros pour arriver à un plancher de 700 à 800 millions. Dans cette hypothèse, Air One apporterait en dotation ses appareils pour être intégrée avec Alitalia. L'intention de l'administrateur-délégué serait également de scinder en deux l'entreprise en créant une «bad company» regroupant toutes les activités déficitaires et endettées du groupe. La «Nuova Alitalia» devrait à l'inverse maintenir les secteurs rentables.

Mais le plan semble prévoir aussi une très forte réduction du personnel. Selon la presse transalpine, il pourrait y avoir entre 4000 et 10000 suppressions d'emplois. «Le plan n'a pas encore été dévoilé. Dans ces conditions, fournir des chiffres revient à jouer à la loterie», a tenté de rassurer le président d'Alitalia, Aristide Police. «Les chiffres sont prématurés», a insisté Corrado Passera, qui a ajouté, en allusion à la hausse du prix du kérosène, «c'est une phase difficile pour le secteur, mais ce n'est pas notre habitude de jeter l'éponge».

Les syndicats sont en tout cas sur le pied de guerre. L'ébauche du plan Passera fait apparaître, en termes d'emplois, des mesures beaucoup plus fortes que celles prévues par Air France-KLM (2100 suppressions) et qui avaient été durement repoussées par les mêmes organisations syndicales. L'Anpac, qui regroupe les pilotes, exige des «démentis officiels» et menace, en plein été, de bloquer tout le transport aérien italien. >>

Eric Jozsef, Le Temps, 10-VII-2008

08.07.2008

Le plan pour Alitalia devrait être présenté fin juillet ou début août

<< Le plan de redressement de la compagnie Alitalia n'est pas encore prêt. Il ne devrait pas arriver avant la fin du mois de juillet, voire début d'août, sur la table du Trésor, actionnaire à 49,9 % de la compagnie et désireux de la privatiser. Corrado Passera, administrateur délégué de la banque Intesa Sanpaolo, choisie comme conseil par le gouvernement, a rappelé lors de son passage à Bruxelles - en fin de semaine dernière pour rencontrer le commissaire aux Transports - qu'il avait jusqu'à fin juillet pour présenter une stratégie. Et que celle-ci, a-t-il promis, sera compatible avec les règles européennes.

3 millions de pertes par jour

La société ferait, selon la presse italienne, l'objet d'une scission, les activités viables étant réunies dans une nouvelle société appelée à recevoir aussi les activités de Air One et les apports en capital de différents chefs d'entreprise italiens. Ceux-ci devraient finalement se trouver en nombre restreint, apportant chacun entre 50 et 100 millions d'euros. La banque Intesa doit se livrer à une analyse des coûts pour calculer les besoins de la future nouvelle compagnie. Alitalia perd actuellement près de 3 millions d'euros par jour et l'augmentation continue du prix du pétrole ne fait à l'évidence que compliquer son redressement.

Quant aux suppressions de postes, leur nombre supposé ne cesse d'augmenter : il devrait atteindre les 4.000 à 5.000, voire de 8.000 à 10.000, selon « Il Sole 24 Ore ». Autant de chiffres qui déclenchent la colère des syndicats.

Mais, avant toute chose, la banque-conseil souhaite obtenir une modification de la loi sur les faillites, la loi Marzano. Elle estime en effet qu'il lui faut un texte permettant de mettre la société à l'abri de ses créanciers, comme le fait le chapitre 11 de la loi américaine, disposition qui n'existe pas dans la loi italienne. Selon son concepteur même, la loi actuelle permet de résoudre les crises financières, mais pas les crises industrielles, alors que le cas d'Alitalia relève de ce type de problématique. Pour l'instant, la question n'a pas été abordée par le gouvernement, qui peut soit prendre des dispositions spécifiques pour Alitalia, soit prévoir un texte plus général. >>

Marie-Claude Cittanova, Les Echos, 08-VII-2008