02.08.2008
Insouciants, les voyageurs en profitent
<< «Des vols low-cost seraient menacés? Vous me l'apprenez», s'étonne Marc, 51 ans, qui range son passeport après avoir récupéré sa carte d'embarquement au guichet d'enregistrement EasyJet, à l'aéroport de Cointrin. Il part pour Porto avec sa famille, pour assister à un mariage. C'est la première fois qu'il prend un vol low-cost. «L'avantage, c'est la disponibilité des vols, et aussi le fait que ces compagnies stimulent la concurrence: les autres sont obligées de baisser leurs tarifs.» A l'Aéroport international de Genève, la zone d'enregistrement dévolue à la compagnie anglaise ne désemplit pas, et les passagers qui se pressent ne sont guère préoccupés par les éventuelles conséquences de la crise du secteur aérien causée par la hausse drastique des prix du kérosène.Arrivé de Morat, Pio, 57 ans, s'envole pour Edimbourg. Et il ne croit pas à la fin des vols low-cost. «Le système est au point, tout est simplifié et rentabilisé avec Internet et le check-in individuel, c'est un modèle qui va durer.» De toute manière, l'arrivée des nouvelles compagnies charters n'a pas beaucoup modifié la fréquence de ses voyages. «Je pars toujours deux à trois fois par an. Avant, c'était avec des compagnies de ligne et c'était toujours compliqué. Maintenant, c'est simplement moins cher, et l'offre fait que je voyage plus en Europe.»
Stéphanie, 32 ans, attend son tour pour procéder à l'enregistrement de son bagage en soute, un étui à violon en guise de bagage à main. Musicienne, elle se rend à Porto pour des obligations professionnelles, et aussi pour quelques jours de vacances. «On nous dit que les tarifs vont beaucoup augmenter, on verra bien. D'ici là, il faut bien avouer que ces vols sont pratiques. En particulier pour moi, puisque 50% de mon activité professionnelle m'amène à l'étranger.»
Une taxe pour déculpabiliser
Outre les incertitudes liées à l'évolution des prix, l'empreinte écologique des vols à bas prix interpelle-t-elle les clients de ces compagnies? «J'y réfléchis, assure Stéphanie. Mais j'ai un abonnement général, je suis une adepte du train, ça compense», sourit-elle. Elle n'a pas payé la taxe de compensation des émissions de C02 que propose EasyJet, pas plus que Luis, 33 ans, qui rentre à Porto après une semaine de vacances à Genève. «Je n'ai absolument pas mauvaise conscience. C'est vrai que les prix qu'ils pratiquent sont incroyables, mais je ne vois pas pourquoi je n'en profiterais pas.» Le jeune homme multiplie les week-ends à Londres et à Barcelone.
Evelina, 35 ans, accompagne son fils de 6 ans qui voyage à destination de Porto. La taxe environnementale, elle n'en a pas entendu parler. «C'est une bonne chose», estime-t-elle. Mais pas à n'importe quel prix. «Si c'est raisonnable, je pourrais envisager de la payer lors d'un prochain voyage.»
Janine, une Lausannoise de 59 ans, s'est quant à elle diligemment acquittée de la taxe CO2. Une manière de se donner bonne conscience à bon compte? La voyageuse, qui se rend à Nice pour trois jours, comme elle le fait souvent depuis que la liaison existe, est satisfaite du procédé: «Je ne culpabilise pas. Si les gens qui se rendent sur la Côte d'Azur en avion prenaient leur voiture, le bilan écologique serait bien plus catastrophique.» >>
Sandra Moro, Le Temps, 02-VIII-200812:26 Publié dans L'univers des compagnies aériennes low cost | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : easyjet, low cost, bas coût, cointrin, voyage, tarfs, vol
Les excès du «low-cost», c'est fini !
<< EasyJet a changé nos habitudes, parfois radicalement. Cela ne devrait pas durer. A l'avenir, la mobilité coûtera plus cher. L'ère des vols à prix dérisoire est bientôt révolue. Le public commence à peine à s'en rendre compte.Un saut à Riga pour une nuit arrosée en boîte; un aller-retour à Londres pour une journée de shopping; un week-end en amoureux à déambuler dans les ruelles du Bairo Alto de Lisbonne... L'explosion de l'offre des vols «low-cost», ces huit dernières années, a élargi nos horizons en même temps qu'elle rétrécissait l'Europe. Nice, Bilbao, Prague, Hambourg, Palerme et tant d'autres destinations sont devenues soudain à portée de (presque) toutes les bourses pour de brefs séjours vécus comme autant de joyeuses parenthèses de détente. Un clic de souris sur Internet a subitement décuplé notre mobilité. L'Europe pour moins de 50 francs l'aller-retour, c'était ridiculement pas cher. Des tarifs carrément insensés, mais pourquoi se priver?
Le vol vraiment pas cher a favorisé une mobilité un peu débridée et parfois futile, mais les excès de cette ère sont révolus. Etre mobile va coûter plus cher. La bougeotte quasi à l'œil, juste pour le fun, semble condamnée par la crise majeure que traverse le secteur aérien. On ne peut pas parler de turbulences ni de trou d'air. Les maux sont très graves.
Pas un jour ne passe sans qu'une compagnie, quels que soient sa taille, sa nationalité ou son modèle économique, annonce une réduction de la voilure entraînée par de mauvais résultats. Toutes taillent dans leur flotte, leur réseau ou leurs effectifs. Quand ce ne sont pas les trois à la fois. Des fusions se préparent - celle à l'étude entre British Airways et Air Iberia, annoncée cette semaine, est la dernière en date. Des alliances se négocient en catastrophe - à genoux, Austrian Airlines est à prendre.
Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, notent des experts, les prix des tickets de vol ont augmenté massivement. Et ce n'est qu'un début. Les tarifs de l'avion vont encore renchérir, pronostique la branche. Car le secteur aérien est touché de plein fouet par l'envolée spectaculaire du coût du pétrole et la difficulté de le répercuter sur les clients.
Les compagnies à bas coût ont d'abord fait le gros dos et relativisé la menace. Elles se sentaient fortes, avec leur flotte d'avions neufs, économes en kérosène, et leur modèle économique favorisant un management souple et des décisions rapides. Elles ont longtemps fanfaronné qu'elles pouvaient encaisser le choc sans trop de dommage ni conséquences pour le client.
Or ce discours n'est plus tenable. La plus grande et aussi la plus agressive des compagnies à bas coût, Ryanair, a annoncé cette semaine de piteux résultats. Son bénéfice net ajusté au premier trimestre régresse de 85%. La compagnie irlandaise craint désormais de boucler l'exercice 2008 sur une perte. Elle qui s'est toujours interdit d'instaurer une surcharge carburant a supporté une facture de kérosène en hausse de 93% à 367 millions d'euros. Un terrible coup de massue alors que le carburant a représenté près de 50% de ses coûts d'exploitation. Ses dirigeants ont dû se résoudre à ce qu'une partie de la flotte - 10% des capacités - reste au sol cet hiver. C'est un premier aveu de faiblesse, mais pas encore un avis de détresse.
Plus inconfortable semble être la situation d'Air Berlin. La deuxième plus grande compagnie après Swiss sur l'aéroport de Zurich, avec 1,15 million de passagers annuels embarqués à Unique, traverse une «crise existentielle», dit-on dans la branche.
D'autres, comme EasyJet, semblent résister mieux. C'est une chance pour l'Aéroport de Cointrin à Genève, dont 32% des passagers sont clients de la compagnie orange. Philippe Roy, porte-parole de l'aéroport, apporte des nouvelles rassurantes: «EasyJet n'a pour l'instant coupé aucune destination au départ de Genève, et aucun vol. Si bien que nous conservons un taux de croissance annuel de 9% des passagers à Cointrin. Nous venons d'ailleurs de franchir un nouveau record avec 6 millions de passagers en six mois, au 30 juin.» Pourtant, pas de triomphalisme. La prudence domine. Philippe Roy pronostique, à terme, un ralentissement de la croissance des vols à bas coût, quand les tarifs auront encore augmenté. Car, pour les vols de loisir, l'élasticité de la demande aux tarifs aériens serait très élevée, comme des études menées par les compagnies l'ont démontré. Leurs résultats, hélas, restent des secrets d'entreprise, jamais publiés.
Aujourd'hui, les compagnies économisent partout où elles peuvent. Elles rationnent l'eau aux toilettes, freinent la vitesse des avions, comptent au plus juste la quantité de kérosène emmenée en vol. L'on connaît même des hôtesses qui paient elles-mêmes leur uniforme. Les prix d'appel des «low-cost», si efficaces pour un marketing agressif, subsistent, mais ne s'appliquent plus qu'à deux ou trois sièges. La répercussion de la facture carburant se fait discrètement sur la grande majorité des passagers. Si bien que le vol à bas coût devient, au mieux, un vol à coût moyen. Ceux qui s'envolent aujourd'hui ont réservé souvent il y a six mois. C'est donc avec retard qu'on verra si ces corrections de tarifs freinent la demande et contribuent à condamner des lignes devenues non rentables. Cela paraît certain, l'offre des vols à bas prix diminuera. Thomas Bieger, spécialiste du tourisme cité par NZZ am Sonntag, en est totalement convaincu. >>
François Modoux, Le Temps, 02-VIII-200812:00 Publié dans L'univers des compagnies aériennes low cost | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : easyjet, ryanair, air berlin, british airways, low cost, austrian airlines
29.07.2008
La flambée du brut pèse sur les low-cost
<< Le résultat net de Ryanair s'est effondré de 85 % au premier trimestre, à 20,8 millions d'euros. Air Berlin risque de supprimer plus de vols que prévu.
C'est le meilleur baromètre de l'ampleur du choc pétrolier, qui pèse sur les compagnies à bas coûts. Hier, Ryanair, à la fois plus grosse low-cost européenne et plus rentable compagnie aérienne d'Europe, a annoncé un effondrement de 85 % de son résultat net au premier trimestre (avril-juin) de son exercice 2008-2009, à 20,8 millions d'euros. Pis, la direction table sur un résultat compris entre l'équilibre et une perte de 60 millions d'euros.
Ces résultats illustrent une triste réalité. Les compagnies à bas coûts peinent à transférer sur les passagers la hausse de leur facture carburant (+ 93 % dans le cas de Ryanair). Sa recette unitaire a chuté de 8 % au premier trimestre. Elle devrait se situer entre 0 et - 5 % cette année, contre une fourchette de 0 à + 5 % espérée il y a peu. Selon le directeur financier de Ryanair, Howard Millard, " les compagnies qui prédisent des augmentations de prix sont irréalistes ". Les hausses de tarifs ont davantage impacté les passagers sensibles au prix, le coeur de la clientèle des low-cost. Des mesures drastiques s'imposent. Cet hiver, Ryanair va clouer au sol une vingtaine d'avions et suspendre des lignes. Même sort pour Air Berlin, qui pourrait supprimer bien plus que les 14 lignes prévues.
CONCENTRATION
Les low-cost sont d'autant plus sensibles à la flambée du pétrole qu'il représente l'essentiel de leurs coûts (plus de 50 %) et qu'elles ont déjà fortement rogné les autres postes de dépenses. Est-ce donc la fin du modèle low-cost comme le prédisent certains experts ? Assurément non, même si une flopée de petites compagnies risquent de disparaître. Le modèle opposé, les compagnies traditionnelles, ne résiste pas plus. Les rares compagnies qui tablent sur des bénéfices le doivent à leur couverture carburant. Seules les compagnies les plus robustes sortiront renforcées de la crise. Air France-KLM et Lufthansa pour les traditionnelles, Ryanair et Easyjet pour les low-cost. Elles pourraient tirer profit de la disparition de concurrents. La différence se situe ailleurs. La concentration des low-cost risque de se faire plus rapidement que chez les compagnies traditionnelles. >>
Fabrice Gliszczynski, La Tribune, 28-VII-200810:32 Publié dans L'univers des compagnies aériennes low cost, Prix du kérosène : une menace plane sur le secteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ryanair, low cost, easyjet, air berlin, air france-klm, lufthansa
Lufthansa frappé par les grèves en pleins départs en vacances
<< La première compagnie aérienne allemande négocie depuis des semaines avec le syndicat Ver.di sur les augmentations salariales, sans succès. L'ensemble du personnel au sol et volant devait commencer la grève hier soir.
Le trafic devrait être perturbé cette semaine dans le ciel allemand. Le syndicat des services Ver.di a voté vendredi pour une grève illimitée chez Lufthansa, qui devait débuter hier soir après 22 heures. Selon Erhard Ott, négociateur du syndicat, il ne faut pas s'attendre à une paralysie simultanée de tous les aéroports, mais ils seront tous touchés dans le courant de la semaine, avec un mouvement particulièrement dur à Francfort et à Hambourg dès aujourd'hui. « La direction a fermé la porte à toute négociation pour le moment », justifie-t-il.
La semaine dernière déjà, environ 1.000 vols ont été supprimés, après l'échec des négociations avec les pilotes de deux filiales du groupe, Eurowings et Cityline. Mais, à partir d'aujourd'hui, c'est l'ensemble du personnel au sol et volant qui pourrait faire grève.
Le conflit, qui dure depuis plusieurs semaines déjà, porte sur les augmentations de salaires. Ver.di réclame une hausse de 9,8 % sur un an pour les 52.000 salariés qu'il représente, une offre qui leur permettrait de « participer à l'expansion de l'activité ». La direction, elle, propose une augmentation de 6,7 %, étalée sur vingt et un mois en plus d'une prime.
Faible marge de manoeuvre
L'an dernier les profits de Lufthansa ont doublé, mais les conditions sont devenues plus difficiles dans l'aérien cette année en raison de la hausse du prix du kérosène. La première compagnie allemande a maintenu ses objectifs pour cette année. Pour les atteindre, elle va être obligée de compresser ses coûts.
Les analystes s'attendent à une chute des profits d'environ 20 % lors de l'annonce des résultats semestriels mercredi, malgré une augmentation du chiffre d'affaires liée à la hausse du nombre de passagers transportés.
Dans une lettre ouverte aux salariés, le président du directoire Wolfgang Mayrhuber a qualifié les revendications des salariés de « dangereuses », Lufthansa étant mis à l'épreuve par « la hausse explosive des prix du pétrole ». Selon lui, la compagnie « a une très faible marge de manoeuvre ». Elle pourrait même être obligée de supprimer des emplois, alors qu'il y a peu, elle prévoyait encore d'embaucher 4.300 personnes. Selon le quotidien régional « Rheinische Post », Lufthansa aurait conçu un plan d'urgence lui permettant d'assurer 75 % des vols en cette période estivale, même en cas d'un grève massive, notamment grâce à des remplacements par le transport ferroviaire. >>
Ingrid François, Les Echos, 28-VII-2008
08:30 Publié dans Ils travaillent dans le transport aérien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lufthansa, grève, cityline, eurowings, wolf liebetrau, easyjet
26.07.2008
Grève illimitée chez Lufthansa à partir de lundi
<< Les négociations salariales pour le personnel au sol et en cabine sont dans l'impasse. Les vacances des Allemands risquent d'être sérieusement perturbées. Les personnels au sol et en cabine de Lufthansa, le numéro un du transport aérien, entameront lundi une grève illimitée pour appuyer leurs revendications salariales.À l'issue d'une consultation de la base des adhérents du syndicat Ver.di, le projet de grève, qui requérait une approbation minimale de 75 %, a recueilli 90,7 % des votes. Pour leur représentant Erhard Ott, « la direction a fermé la porte à toute négociation » en refusant de soumettre une offre améliorée. Une douzaine d'aéroports seront touchés à tour de rôle, dont notamment Francfort, Munich et Berlin. Même si Lufthansa espère assurer 75 % du trafic grâce à des externalisations de services, à en croire le journal Rheinische Post .
Ver.di exige une hausse de salaire de 9,8 % pour une année au bénéfice des quelques 48 000 employés concernés. Lufthansa, de son côté, propose une durée de vingt et un mois et une augmentation en deux temps de 6,7 %, plus une prime équivalant à 1 %. Le syndicat estime que cela couvre à peine les pertes dues à l'inflation.
Wolfgang Mayrhuber, le patron de la compagnie allemande, a mis en garde le personnel contre les conséquences d'un arrêt de travail. « Seuls des emplois profitables sont sûrs », a-t-il fait valoir dans une allusion à de possibles licenciements si la compagnie devait entrer dans le rouge.
Les résultats d'exploitation du premier semestre, attendus la semaine prochaine, devraient cependant être aussi bons que l'an dernier alors que le prix du kérosène a doublé. Les syndicats fondent leurs revendications sur le bénéfice net de 1,6 milliard dégagé en 2007 et la hausse concomitante de 48 % des revenus du directoire, alors que la compagnie renvoie à la hausse du prix du brut et l'infléchissement de la croissance pour prêcher la modération.
Annulation d'un millier de vols
Ce n'est pas le seul conflit pour Lufthansa. Des accords salariaux ont certes été conclus avec les 330 pilotes de la filiale Germanwings la semaine dernière et leurs 4 400 collègues de Lufthansa dès janvier. Mais le torchon brûle du côté des pilotes de deux autres filiales, Cityline et Eurowings. Les dernières offres - des hausses de 5,5 % et 6,5 % respectivement - ont été rejetées par le syndicat VC. Des grèves d'avertissement du personnel volant ont conduit cette semaine à l'annulation d'un millier de vols pour 30 000 passagers.
Le bras de fer est en fait plus ancien. Il concerne un accord de 1992 qui réserve aux pilotes de la compagnie mère, payés un tiers de plus que dans les filiales, l'exploitation des avions de plus de 70 places. Or, Lufthansa a commandé des modèles de 118 places livrables en 2009 et entend les faire utiliser par Cityline. Sur ce point, aucun rapprochement n'est en vue. >>
Pierre Bocev, Le Figaro, 26-VII-2008
13:51 Publié dans Ils travaillent dans le transport aérien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lufthansa, grève, cityline, eurowings, wolf liebetrau, easyjet
25.07.2008
Lufthansa se bat avec les syndicats, la grève menace dans le ciel allemand
Cette semaine déjà environ 1.000 vols ont été supprimés, victimes de la grogne des pilotes de deux filiales du groupe. Ce n'était sans doute qu'un avant-goût des semaines à venir: vendredi la décision tombera sur une grève dure de 48.000 personnels au sol et volants menés par le grand syndicat des services Verdi.
Les membres votent encore jusque dans la soirée sur le sujet, mais dès la semaine dernière le principe d'une grève semblait acquis.
"Une grève est possible à partir de lundi", a déclaré au quotidien Handelsblatt de vendredi le chef du comité d'entreprise de Lufthansa, Wolf Liebetrau. D'après lui, les préparations sur les modalités pratiques de la grève -- quels aéroports, quels jours, à quelle heure -- sont déjà en cours.
Qu'il s'agisse des pilotes de CityLine et Eurowings, menés par leur syndicat Cockpit, ou des catégories de personnel représentées par Verdi, les salariés frondeurs veulent plus de sous, au nom de l'inflation et surtout des confortables bénéfices dégagés par Lufthansa l'an dernier.
Les négociations menées jusqu'à maintenant sur les deux fronts, émaillées de grèves d'avertissement, ont échoué.
Dans un environnement de marché particulièrement difficile pour les compagnies aériennes, dressées les unes contre les autres et touchées de plein fouet par l'envolée des cours du pétrole et par ricochet du kérosène, Lufthansa s'en tire pour le moment plutôt bien. Le groupe a maintenu ses prévisions de résultats financiers pour cette année. Et alimente ainsi les revendications de ses salariés, qui réclament "une offre qui (les) fasse participer à l'expansion de l'activité".
L'an dernier Lufthansa a dégagé un bénéfice d'exploitation de 1,38 milliard d'euros, le chiffre devrait être du même ordre cette année.
Fort de cette bonne performance, Verdi veut une augmentation de salaire de 9,8% sur un an. Lufthansa a mis 6,7% sur la table, étalés sur 21 mois. Cockpit pour sa part n'a pas émis de revendication chiffrée, mais refuse l'offre d'une hausse 5,5% assortie de primes. Les pilotes des deux petites filiales -- qui assurent tout de même autour de 700 vols domestiques et européens par jour -- veulent gagner autant que ceux qui volent sous la bannière Lufthansa, mieux payés.
Des exigences qui font s'étrangler le patron de la compagnie Wolfgang Mayrhuber. Les conflits actuels sont "totalement inutiles et contre-productifs", tempêtait-il jeudi dans un courrier à ses salariés. "Nous ne pouvons pas faire plus" que les offres actuelles, affirme-t-il, invoquant "une marge de manoeuvre économique très étroite".
Un discours peu à même de faire reculer les syndicats, stimulés par les accords conclus dans d'autres branches cette année en Allemagne, et animés d'une nouvelle combativité après des années de retenue salariale.
M. Mayrhuber en appelle à la solidarité des grévistes avec "les familles qui se réjouissent de leurs vacances annuelles et de leur voyage en avion, pour lesquels elles ont durement travaillé". Les cessations de travail toucheront effectivement la compagnie, qui transporte quelque 140.000 passagers par jour, au pire moment, en pleine transhumance estivale.
"Dans le secteur des services c'est comme ça, quand les salariés combattent, ce sont les clients qui trinquent", rétorque un porte-parole de Verdi, sans états d'âme.
Mais les déboires de Lufthansa font aussi des heureux. La compagnie à bas coût Easyjet par exemple, sa concurrente sur plusieurs lignes internationales, et dont le patron pour l'Allemagne se frotte déjà les mains. "C'est l'occasion pour nous de gagner de nouveaux clients", se réjouissait cette semaine John Kohlsaat. >>
Mathilde Richter, AFP, 24-VII-2008
12:14 Publié dans Ils travaillent dans le transport aérien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lufthansa, grève, cityline, eurowings, wolf liebetrau, easyjet


