25.08.2008

Lufthansa durcit le ton dans le dossier Austrian Airlines

<< La compagnie allemande menace de mettre fin à son partenariat stratégique avec sa rivale autrichienne.

Lufthansa.jpgLA COMPÉTITION autour du rachat d'Austrian Airlines (AUA) prend un tour nettement moins amical. Déterminé à racheter les 42,75 % de parts du capital de la compagnie autrichienne, également convoitées par Air France-KLM, Turkish Airlines, Air China et la russe S7, Lufthansa durcit le ton. La compagnie allemande menace, en cas d'échec de son offre, de mettre un terme au partenariat commercial qui la lie à AUA dans le cadre de Star Alliance. D'après le magazine viennois Trend, Lufthansa pourrait «  dissoudre  » le joint-venture qui leur permet d'assurer en commun des liaisons aériennes, la maintenance des aéronefs et la formation du personnel navigant.

Augmentation de capital

Fin juillet, Lufthansa avait été cité comme le meilleur repreneur possible dans un rapport du Boston Consulting, mandaté par Austrian Airlines. «  La solution que nous privilégions est une fusion avec un puissant partenaire aérien  », a alors déclaré Alfred Ötsch, le PDG d'AUA, qui a perdu 50 millions d'euros au premier semestre.

Depuis, l'hypothèse d'un rachat par Lufthansa fait son chemin, d'après des sources proches du conseil d'administration d'Austrian et malgré la consigne de silence imposée à ses membres. Mais l'ascendant de Lufthansa sur ses rivaux reste fragile. Un rapport publié par la banque autrichienne Raiffeisen Centrobank estime que cette option affaiblirait considérablement l'aéroport de Vienne, principale plate-forme de transit avec l'Europe centrale et orientale.

La Lufthansa pourrait en effet être tentée de privilégier le site de Munich. Vienne pourrait perdre 15 % de son trafic passagers. Pour l'éviter, les autorités autrichiennes ont ajouté quelques conditions à la reprise d'AUA : le maintien de Vienne en qualité de hub majeur vers l'est, la préservation du nom Austrian Airlines et d'une minorité de blocage de 25 % dans les mains du holding publique ÖIAG. En attendant d'être fixée sur son sort, AUA va lancer une augmentation de capital de 400 millions d'euros. Une part devrait être réservée à un homme d'affaire austro-saoudien susceptible de s'intéresser également à la compagnie en quasi-faillite Alitalia. >>

Maurin Picard, Le Figaro, 25-VIII-2008

 

24.07.2008

Air France va chercher la croissance du fret en Chine

Chine Flotte.jpeg<< Air France-KLM et China Southern négocient la création d'une compagnie aérienne chinoise de fret, prévue en 2009. " La Tribune " dévoile le business plan du projet.

Entre 70 et 75 millions d'euros. C'est le ticket d'entrée d'Air France-KLM pour pénétrer sur le marché chinois du fret aérien, appelé à progresser de près de 10 % par an au cours des vingt prochaines années, presque deux fois plus vite que la croissance mondiale espérée. Selon des sources internes, ces 70 à 75 millions d'euros correspondent à l'investissement prévu par Air France-KLM dans la création d'une compagnie chinoise de fret d'une durée de vie de trente ans en partenariat avec China Southern, qui va y transférer toute son activité cargo actuelle. Les deux compagnies sont déjà partenaires dans l'alliance Skyteam. Ce montant correspond à 25 % du capital de ce joint-venture, estimé entre 280 et 300 millions d'euros, la limite que ne peut dépasser un investisseur étranger.

Le niveau précis de l'engagement financier dépendra en fait du taux de change entre l'euro et le yuan au moment de l'opération prévue avant la fin de l'année si les négociations aboutissent. China Southern détiendra 51 % du capital, voire 75 % si Air France-KLM ne parvient pas à convaincre un ou des investisseurs français de l'accompagner dans l'aventure avec une participation de 24 %. C'est un membre du groupe tricolore qui sera nommé directeur général.

UN PROJET D'ENVERGURE

Pour l'heure, Air France-KLM et China Southern ont annoncé début juin la signature d'un accord-cadre pour réaliser cette opération avant le 31 décembre. Sans donner plus de précisions. Selon nos informations, le projet est d'envergure. La nouvelle compagnie chinoise, qui pourrait débuter ses opérations début 2009, entend assurer dès le printemps 2010 un peu moins d'une centaine de vols par semaine (93) vers l'Europe (Francfort, Budapest, Amsterdam déjà assuré par China Southern, Oslo, Helsinki, Milan), la côte ouest américaine (Los Angeles, Seattle) ainsi que d'autres destinations asiatiques (Osaka, Nagoya au Japon, Séoul en Corée du Sud, Singapour, Hanoi et Ho Chi Minh-Ville au Vietnam, et Manille aux Philippines). Ceci au fil des livraisons d'avions.

La flotte doit compter dix gros-porteurs dès août 2009, puis douze en juillet 2010 : deux Boeing 747-400F, six B777F pour les vols intercontinentaux et quatre Airbus A300-600 pour le réseau intra-asiatique. Ils seront basés sur trois aéroports chinois : Tianjin, près de Pékin, Shanghai et Canton. De plus, cette nouvelle compagnie commercialiserait aussi le fret des soutes des avions passagers sur les lignes internationales de China Southern. En année pleine, cette entreprise pourrait dégager 760 millions d'euros de chiffre d'affaires, dit-on en interne.

Alors que le coeur du cargo mondial bat en Chine, Air France-KLM entend donc se positionner sur des nouveaux marchés sans cannibaliser ses hubs de Paris et d'Amsterdam où le joint-venture n'apportera pas de nouvelles capacités. Un fort relais de croissance à l'heure où l'activité cargo du groupe souffre terriblement. Surtout ce joint-venture lui permet de rivaliser avec Lufthansa, qui a déjà créé une telle compagnie de fret avec Shenzen Airlines. Les autorités chinoises, agacées de constater que l'essentiel du marché cargo au départ de Chine échappe à leurs transporteurs, acceptent de telles coopérations avec des compagnies étrangères, qui disposent d'un savoir-faire supérieur. >>

Fabrice Gliszczynski, La Tribune, 24-VII-2008