26.08.2008

L'enquête sur les causes du crash de Madrid s'annonce longue et difficile

<< L'émotion reste intense en Espagne, cinq jours après la catastrophe aérienne survenue le 20 août à l'aéroport international de Madrid-Barajas. Après la stupeur et la douleur des premiers instants, voici venu le temps de la colère et des questions pour les proches des victimes qui " exigent des explications ". Pourquoi le McDonnell Douglas MD-82 de la compagnie Spanair, à destination de Las Palmas (Canaries), s'est-il écrasé au décollage, provocant la mort de 154 de ses 172 passagers, dont 3 Français ? Hébergées dans un hôtel madrilène, dans l'interminable attente de la restitution des corps (90 restaient à identifier lundi 25 août), les familles doivent se contenter des réponses parcellaires de la compagnie et d'hypothèses encore non officielles.

L'enquête sur les causes du drame, que le gouvernement espagnol a souhaitée " exhaustive et rapide ", risque de prendre du temps. L'une des deux boîtes noires de l'appareil - celle qui enregistre les données techniques du vol - serait endommagée. Le procureur chargé de l'enquête judiciaire espère disposer de leur décryptage dans un mois au mieux. Aucun scénario n'est privilégié pour élucider la tragédie du vol JK-5022.

Spanair.jpegFormulée par des témoins oculaires, la théorie selon laquelle le moteur gauche de l'avion aurait pris feu au décollage a été démentie par les caméras de surveillance de l'aéroport. La vidéo transmise au juge d'instruction ne montrerait aucune trace d'incendie de ce réacteur, encore moins d'une explosion, avant que l'appareil, brutalement déséquilibré sur sa droite, vienne percuter le sol et s'embraser. Le MD-82 ayant à peine atteint 50 mètres, plusieurs experts aéronautiques s'accordent sur un manque de puissance au moment de quitter le sol. Mais ils sont réduits aux conjectures pour en expliquer les raisons.

" Il n'y a aucun indice d'erreur humaine ", a cependant tenu à préciser un responsable de Spanair, dimanche 24 août dans un entretien au quotidien El Pais, en réponse à diverses allégations reprises par la presse espagnole. Dès le lendemain de l'accident, le quotidien El Mundo avait évoqué l'éventualité de " négligences criminelles " en raison des tensions sociales liées à la situation économique de la deuxième compagnie aérienne espagnole, filiale de la scandinave SAS. Une thèse qualifiée " d'énormité " par un salarié de Spanair, responsable d'un syndicat de pilotes.

COMPÉTENCE DU PILOTE

La direction de la compagnie met en avant la compétence du pilote et l'expérience du mécanicien qui a procédé à l'examen d'une avarie sur l'appareil peu avant le décollage fatal. L'avion était revenu à son point de stationnement après que le commandant de bord eut détecté un dysfonctionnement du réchauffeur d'une sonde du système de dégivrage. Pendant la demi-heure que dura la réparation, plusieurs passagers auraient demandé à descendre de l'avion, selon des témoignages de rescapés. Le sous-directeur de Spanair, Javier Mendoza, a souligné qu'" un accident n'est jamais provoqué par une seule cause mais par un enchaînement de défaillances ". Une reconstitution que la commission d'enquête aura sans doute du mal à achever avant les funérailles nationales prévues le 1er septembre à Madrid. >>

Jean-Jacques Bozonnet, Le Monde, 26-VIII-2008

Accident de Madrid : Spanair blanchie par l'aviation civile

 

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<< Le directeur de l'aviation civile espagnole (et le syndicat des pilotes) a tenu à souligner le sérieux de Spanair dont un avion s'est écrasé mercredi à Madrid (154 morts). La compagnie a été inspectée une centaine de fois cette année. En revanche, les spécialistes ne comprennent pas pourquoi la vidéo du décollage prise par les caméras de l'aéroport est gardée secrète.

Selon la presse espagnole, ce film montrerait un roulage anormalement long, d'environ 500 mètres, du MD 82 avant que les roues ne quittent le sol. L'un des deux moteurs était-il défaillant ? Un inverseur de poussée s'est-il déployé accidentellement ? Ce déviateur de jet du réacteur, qui permet de freiner à grande vitesse, pourrait expliquer la dissymétrie de la trajectoire de l'avion puis son écart par rapport à la piste. Dans les décombres, les enquêteurs auraient retrouvé l'un des deux moteurs avec les inverseurs sortis. >>

Thierry Vigoureux, Le Figaro, 26-VIII-2008

23.08.2008

Les hypothèses se multiplient pour expliquer l'accident de Madrid-Barajas

 

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<< Les hypothèses se multipliaient vendredi dans une Espagne en deuil sur les circonstances et causes de l'accident d'avion à Madrid, qui a fait 153 morts mercredi, alors que l'archipel des Canaries, destination du vol, commençait à recevoir les dépouilles de ses victimes.

Vendredi, samedi et dimanche sont journées de deuil et "le drapeau national sera en berne sur tous les édifices publics et les navires de l'Armada", selon le décret du roi Juan Carlos, contresigné par le chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero et publié au journal officiel.

La presse espagnole faisait état de plusieurs hypothèses quant aux circonstances de la plus grave catastrophe aérienne depuis 25 ans en Espagne, s'appuyant notamment sur une vidéo de l'accident.

Selon certains enquêteurs qui ont pu visionner cette vidéo, gardée secrète, le moteur gauche de l'appareil ne s'enflamme pas au décollage, comme cela ressortait des premiers témoignages.

L'avion, un MD-82 de la compagnie espagnole Spanair devant relier Madrid et Las Palmas, dans l'archipel des Canaries, s'est écrasé au décollage mercredi, faisant 153 morts et 19 blessés.

Le chef du gouvernement régional canarien, Paulino Rivero, reçu vendredi matin par M. Zapatero, a déclaré que ce dernier avait vu la vidéo et lui avait expliqué que sur les images, l'avion roulait à fond sur la piste comme s'il n'arrivait pas à décoller.

Cela corrobore le témoignage d'un pilote d'un autre avion en phase d'atterrisage au même moment à l'aéroport de Madrid, cité par le quotidien ABC: "cet avion ne décolle pas, il est juste en train de se manger la piste", aurait-il déclaré.

Le journal El Mundo avançait lui une autre théorie, évoquant la possibilité d'une explosion du moteur gauche dont les éclats auraient endommagé le gouvernail.

Le ministère des Infrastructures, dont dépend la commission d'enquête et l'Aviation civile, ne donnait aucun détail vendredi sur le déroulement de l'enquête.

Cette dernière n'en est qu'à ses débuts, les boîtes noires n'ont pas encore été analysées. Le procureur chargé du dossier judiciaire, Emilio Valerio, attend le résultat d'ici un mois.

"Nous pensons à un délai d'un mois, je n'aimerais pas que le délai soit beaucoup plus long", a-t-il déclaré à la radio Cadena Ser.

Le délicat travail d'identification des corps, dont beaucoup sont carbonisés, se poursuivait à un rythme lent.

Selon le gouvernement, ce ne sont finalement que 50 victimes qui ont pu être identifiées jusque-là grâce à leurs empreintes et non 59 comme annoncé initialement, et "le chiffre des identifications par ADN s'élève à 101 ou 103".

Le ministère de la justice a été obligé de mobiliser des biologistes spécialisés pour parvenir à prélever de l'ADN sur 62 corps particulièrement difficiles. Ils ont terminé leur travail vendredi après-midi.

Plusieurs familles ont elles déjà récupéré la dépouille d'un proche. "Cinquante victimes ont été rendus à leurs proches", selon le gouvernement. Certaines d'entre elles ont commencé à arriver dans l'archipel des Canaries, durement éprouvé par l'accident.

Par ailleurs, des critiques continuaient d'accabler Spanair qui traverse une situation économique difficile.

Le quotidien El Mundo citait un ancien pilote de Spanair, anonyme, affirmant que "la compagnie met la pression sur les mécaniciens pour qu'ils donnent à l'avion l'autorisation de décoller, même s'il n'est pas prêt. C'est un secret de Polichinelle dans toute l'aviation espagnole".

José Maria Vazquez, pilote de Spanair et président d'un syndicat de pilotes, a réfuté cette thèse dans le journal El Pais en déclarant: "attribuer l'accident à la situation de la compagnie est une énormité". >>

Fabien Zamora, AFP, 22-VIII-2008

21.08.2008

Un MD-82 de Spanair s'écrase au décollage

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Un MD-82 de Spanair, filiale de SAS, sous le code de vol JK5022, s'est crashé au décollage, à l'aéroport de Madrid Barajas, vers 15h00. Le pilote a signalé un feu sur l'un des moteurs arrière avant que l'appareil ne s'écrase.  153 morts sont à déplorer à 00h00 ce jeudi 21 août. Il y avait un codeshare avec Lufthansa (LH2554). L'avion avait pour destination l'aéroport de Gran Canaria de Las Palmas.

08.07.2008

Vueling et Clickair vont fusionner pour créer la première low cost espagnole

<< Initié officiellement en mars, le projet de fusion de Vueling et de Clickair, les deux compagnies aériennes à bas coûts espagnoles, est entré dans sa phase finale. Hier, les autorités boursières ont suspendu la cotation des titres de Vueling et d'Iberia, l'actionnaire de référence de Clickair. Les conseils d'administration des deux entreprises se sont réunis dans l'après-midi pour avaliser les conditions de la transaction et officialiser le mariage. L'opération prendra la forme d'une augmentation de capital de Vueling réservée aux actionnaires de Clickair. La nouvelle compagnie conservera le nom de Vueling. La répartition de son capital n'a pas été précisée. Selon la presse espagnole, Iberia détiendrait 45 % du nouvel ensemble contre de 14 % à 15 % pour Inversiones Hemisferio, le holding de participations de la famille Lara qui contrôle 26,8 % de Vueling. 30 % du capital demeurerait en Bourse.

La fusion devra encore recevoir le feu vert des autorités boursières pour autoriser les intéressés à ne pas lancer une OPA sur la totalité des titres, comme le veut la loi, et surtout celui de la Commission nationale de la concurrence du fait de la présence, dans le tour de table d'Iberia, le numéro un du transport aérien en Espagne. En nombre de voyageurs transportés, le nouvel ensemble donnera, en effet, naissance au troisième transporteur du pays au coude-à-coude avec Spanair, contrôlé par le scandinave SAS. Ce processus pourrait durer un an.

Lancée en juillet 2004, Vueling, qui est basé à Barcelone, exploite une cinquantaine de routes avec une flotte de 24 avions et 1.100 employés. Confrontée à la guerre des prix lancée par Ryanair et easyJet, les deux champions européens du « low cost », la compagnie a certes réussi à imposer son image de marque mais au prix de lourdes pertes. L'an dernier, elle a multiplié son déficit par 6, à 63,2 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 362 millions et 6,2 millions de passagers transportés. Sa gestion a provoqué des dissensions parmi ses actionnaires. Le bouillant José Manuel Lara, qui préside aussi le groupe d'édition Planeta - récent acquéreur du français Editis -, a fait le vide autour de lui. Introduit en Bourse en décembre 2006, le titre qui a grimpé jusqu'à 45 euros n'a cessé de dégringoler depuis. Avant d'être suspendu hier, il avoisinait 5,50 euros, proche du plus bas historique.

Vaste restructuration en vue

Plus récent, Clickair - qui a vu le jour en 2006 et compte 24 appareils, une cinquantaine de routes et 720 employés - n'est guère en meilleure forme. Selon des estimations, elle aurait perdu l'an dernier une cinquantaine de millions d'euros pour un chiffre d'affaires d'environ 250 millions et 4,5 millions de passagers transportés. Des pertes qui pèsent sur les finances de ses actionnaires au rang desquels figurent 4 fonds d'investissement, avec 20 % des parts chacun, et Iberia qui détient aussi 20 % des actions mais 80 % des droits économiques.

Comme sa promise, la compagnie, basée également à Barcelone, a été contrainte de tailler récemment dans son réseau. Le mariage des deux transporteurs sous le seul pavillon de Vueling devrait donner lieu à une vaste restructuration du réseau (la base parisienne de Vueling pourrait être fermée), à des suppressions d'emplois et à une hausse des tarifs, rationalisation et flambée du pétrole obligent. >>

Gilles Senges, Les Echos, 08-VII-2008